La Vaniteuse

Cher lecteurs,

J’imagine parfois des personnages qui peuvent façonner des objets fantastiques à partir d’une matière peu commune. Par exemple, un dieu forgeron qui ferait les armures des dieux avec la lumière du soleil (enfin, en fait il est aidé mais j’vais pas vous racconter toute la mythologie non plus…). Ici, il ne s’agit pas d’armure, mais de robes. J’espère que mon petit conte de princesse vous plaira… :)

La Vaniteuse

Il était une fois, dans un royaume très très lointain, une princesse d’une sublime beauté. Elle avait le teint frais comme l’aurore, et des cheveux blonds vénitiens comme le soleil du petit matin. Partout elle était réputée pour ses grâces. Cependant, elle était également réputée pour son incroyable vanité. Elle ne manquait pas de se considérer comme l’être le plus beau de la terre, et elle n’avait pas tort. D’une coquetterie sans égale, elle se plaisait à commander toute sortes de bijoux et de robes afin de se mettre en valeur.
Un jour, alors qu’elle flânait au bord du bassin, elle eu envie de la plus belle robe qui soit. “L’eau, se dit elle, est vraiment magnifique. J’aimerais tant avoir une robe d’eau! Mais aucun couturier ne saurait coudre l’eau.” Or il se trouva qu’il arriva au royaume un couturier dont on disait qu’il pouvait coudre tout se qu’il voulait. Elle alla le trouver et lui demanda de lui coudre une robe d’eau, afin qu’elle fut la plus belle robe jamais conçue. Le couturier la regarda de ses yeux perçants, puis il accepta. Il travailla le jour. Il travailla la nuit. Enfin, au bout d’un mois la robe fut prête. Il la présenta à la princesse qui fut enchantée. Le corsage en était fait de reflets de lumière, les pans étaient brodés de perles de nacre, et elle était bordée d’écume. C’était un véritable chef d’œuvre. La princesse porta la robe dont les éclats bleutés jouaient joliment avec ses yeux, et partout autour d’elle on parlait de l’exploit du couturier, et de la beauté de la princesse qui s’en trouvait exaltée.
Mais au bout de quelques jours, la princesse se lassa. “La robe, dit-elle au couturier, me mouille chaque fois que je la met. Les teintes bleues font ressortir mes yeux, mais je préfèrerait une robe qui fasse ressortir ma chevelure. Faites moi donc une robe de terre, dont les teintes brunes s’accorderont avec mes boucles.” Alors le couturier accepta. Il travailla le jour. Il travailla la nuit. Enfin, au bout d’un mois la robe fut prête. Elle était matte avec des reflets d’or. Sombre, elle faisait ressortir la blancheur du teint de la princesse. Celle ci était une fois de plus enchantée. Elle la porta amoureusement.

Pourtant, au bouts de quelques jours, le princesse se lassa. “La robe, dit-elle au couturier, me gratte affreusement. Elle est incroyablement lourde, je souhaiterait quelque chose de plus léger. Faites moi donc une robe d’air, dont la fluidité relèvera ma douceur et ma grâce.” Alors le couturier accepta. Il travailla le jour. Il travailla la nuit. Enfin, au bout d’un mois la robe fut prête. C’était vraiment une robe somptueuse, légère, qui prenait les teintes du ciel. Rose à l’aube et bleu vif au zénith, elle rougeoyait au couchant. Là encore, la princesse était enchantée. Elle porta tant la robe que tout le monde pensa qu’elle avait enfin trouvé la robe parfaite, et l’on s’accordait à dire qu’elle l’était effectivement.
Après avoir passé plusieurs mois au royaume, le couturier s’apprêta à repartir. Mais la princesse revint le voir. “La robe, dit-elle, ne cesse de changer de couleur, c’en est agaçant. Je finis par ne plus savoir qui je suis à porter un vêtement si changeant. Je ne sais quoi vous demander d’autre. Cependant, je ne peux plus porter celle ci.” Alors le couturier lui proposa encore une matière qu’il n’avait pas essayé. “Que diriez vous d’une robe de feu? Elle sera aussi légère et fluide que celle d’air mais ne sera pas aussi changeante, sans pour autant être immobile. Son rougeoiement et ses éclats d’or ne sauraient plus que n’importe quoi d’autre s’assortir à vos cheveux.” La princesse accepta avec enthousiasme. Alors le couturier décida de rester un mois de plus et se mit à la tâche. Il travailla le jour. Il travailla la nuit. Enfin, la robe fut prête. C’était une robe magnifique, à la fois légère, imposante, et d’une incroyable élégance. Le couturier la fit livrer jusqu’à la chambre la princesse avec d’extrêmes précautions. Celle-ci succomba à la beauté du vêtement assurant que c’était la la plus belle robe que l’on put faire, couvrant le couturier d’éloges. Puis elle se précipita pour ma mettre. Mais aussitôt qu’elle l’eut enfilé, la robe commença à la consumer. Elle se précipita en hurlant hors de sa chambre. On lui jeta de l’eau, mais la robe, cousue, ne s’éteignait pas. Rien n’y fit et la princesse brula jusqu’à ce qu’elle ne fut plus qu’un tas de cendres et que la robe eut disparut. Le lendemain, on vint chez le couturier pour l’arrêter, mais il avait déjà reprit la route.

Laisser un commentaire